Médias sociaux et évolution des cultures organisationnelles
Par Anthony Poncier le mardi 2 décembre 2008, 09:30 - entreprise 2.0 - Lien permanent
Quand on observe l'évolution de la société et de ses modes de travail, on peut se rendre compte qu'avec la montée en puissance des médias sociaux, on est passé d'un modèle centré sur soi vers un modèle ouvert sur la collaboration et l'innovation. Ce modèle repose sur les nouveaux médias sociaux, et tend vers ce qu'on qualifie d'entreprise 2.0. Il ne s'agit pas de revenir ici sur les différentes statistiques liées à l'adoption de ces usages et technologies (dernièrement ici et ici), mais plutôt de comprendre cette évolution dans le temps. Une forme de rétrospective de l'organisation 1.0 vers le 2.0.
Pour cela nous allons reprendre le modèle développé par AIIM pour ses formations, pour illustrer cette évolution des organisations sous l'impact des technologies et des usages.
- Islands of me: Chaque collaborateur produit sur son ordinateur et protège sa production à travers un fonctionnement fortement cloisonné.
- One way me/Enterprise 1.0 : On commence à s'interroger sur son environnement et la possibilité de trouver l'information auprès de ses collègues. Si l'information circule, elle est stockée dans des lieux personnels et indépendants des uns des autres.
- Team me : Cela marque le début de la gestion des connaissances, où chacun se définit en fonction de ceux qui l'entourent. Chacun défend son savoir, ses compétences acquises lors de projets. Le but étant de se différencier des autres.
- Proactive me/Enterprise 1.5 : Connecté 24h/24h, 7 jours sur 7, l'accès au savoir et à la communication doit être permanent. Les échanges et la collaboration par l'intermédiaire des systèmes d'information s'accélèrent. On se concentre sur les talents et les ressources humaines disponibles pour mener à bien ses projets.
- Two-way me : Les réseaux ne sont pas seulement informels, les communautés de pratique (COP) et les communautés d'intérêts (CI) sont au centre de la gestion des connaissances. L'«Intelligence collective» commence à apparaître. L'information n'est plus uniquement accessible par un seul portail, mais par de multiples accès personnalisables. La gestion du savoir devient automatique et est orientée service aux usagers, les systèmes deviennent ouverts.
- Islands of we : Les possibilités et les avantages du travail en réseau ou en communautés sont systématiquement étudiées afin d'en tirer le maximum de potentiels. La capacité et le désir d'identifier les différentes compétences des individus se répand. Un annuaire social et un réseau d'expertise sont mis en place. L'usage stratégique des nouveaux médias sociaux lié à la "sagesse des foules" se retrouve dans le B2C (Business-to-Consumer) par l'adoption rapide des blogs et des forums de discussion publique.
- Extended me/Enterprise 2.0 : L'entreprise 2.0/travail collaboratif est devenue une des composantes culturelles de l'entreprise dans son ensemble, reposant sur : la transparence, une participation et un engagement dans les communautés (collaborateurs, partenaires,clients, etc), l'agilité et la capacité à s'adapter rapidement à l'évolution d'environnements mouvants.
Il est dommage de constater que beaucoup d'organisations en sont toujours entre le Team me et le Proactive me. Pourtant le palier vers le Two-way Me n'est pas si éloigné que cela, et permet facilement d'accéder au deux dernières étapes. Il faut cependant accepter de formaliser des comportements informels et avoir un fonctionnement un peu moins pyramidal ou centralisé. Bien sûr ces changements sont culturels et donc plus longs ou difficiles à intégrer à l'organisation, mais leurs applications à de petits groupes pilotes permettront de voir rapidement les gains potentiels pour les individus comme la collectivité et ensuite de les généraliser.
Et vous, où en êtes vous dans votre organisation ?

Commentaires
Beau panorama.
Il faudrait peut-être préciser que ces structures ne s'étendent pas jusqu'à/uniqement aux frontières de l'entreprise : il peut exister des pratiques diverses au sein des populations de l'entreprise (une division plus avancée qu'une autre, voire des groupes collaborant de manière plus avancée au sein d'un même département, ou des groupes plus avancés disséminés dans différents départements), voire avec les publics de l'entreprise (un two-way of me entre le marketing et certains clients, ou certains fournisseurspar exemple).
Il me semble que ces catégories peuvent adopter des géométries variables, voire même que chaque individu aborde un autre selon des stratégies différentes de collaboration.
Merci pour ces remarques.
En effet, ces structures ne sont pas figées, ni les personnes ou communautés qui les composent (au contraire). Tout comme l'évolution de l'entreprise peut mélanger ou sauter les étapes indiquées (tout dépend du contexte et des problématiques internes)
D'expérience, les communautés externes et online sont souvent l'apanage de la com ou du marketing et sont rarement en connexion avec les communautés internes. Il existe encore un fossé entre les deux (RH/marketing).
De même les communautés ouvertes aux fournisseurs ou partenaires sont souvent les dernières créées. Mais plus les connexions seront importantes entre les diverses communautés, plus la richesse sera importante et l'innovation au RDV.
Anthony cet article est à la fois bon , argumenté, nouveau, imagé et bancal.
Bancal pourquoi ?
Tu donnes l'image d'arriéré à ceux qui ne sont pas dans le 2.0 alors que des explications existent pour expliquer la difficulté à passer à ce stade et pour certaines entreprises l'absence de logique face à leur choix d'organisation.
De plus tu donnes toi-même dans le One best way alors que tu le condamnes dans l'article...
C'est en quoi je suis de moins en moins 2.0 et de plus en plus dynamique sociale.
Amicalement
Salut Vincent,
Je reprends tes remarques sur le bancal :
Tout d'abord, loin de moi l'idée de stigmatiser ceux qui ne sont pas dans le 2.0 (à commencer par ma propre entreprise), même si avec le recul, je reconnais que l'image de l'évolution peut donner cette impression et j'en suis désolé.
Sur le côté "one best way", bien sûr il y a un peu de forçage de trait. Mais je crois qu'on est encore dans le besoin de promouvoir (parfois trop ?) ce mode d'organisation (http://blog.m2ie.fr/post/2008/05/30...). De plus comme tout texte écrit, on perd en partie de la dynamique de l'échange et du sens, ce qui cristallise certaine vision. Heureusement grâce à tes remarques ou celles de Enikao j'ai pu préciser qu'en effet cela dépend du contexte et des problématiques internes.
Maintenant il ne s'agit pas de donner une leçon ou UNE vision, mais bien d'aborder cette question par une entrée et de lancer un débat à enrichir. Donc non pas one best way, but one direction with several ways. Finalement ce n'est pas la destination qui compte mais le voyage.
Quant à la séparation 2.0/dynamique sociale, j'aimerai que tu développes un peu ce que tu mets derrière cela
Merci pour ton commentaire
Bonsoir à tous,
Cette perspective est intéressante et donne une bonne image de ce que les partisans de l'Entreprise 2.0 pensent de l'évolution de l'entreprise (passée et future).
Mais je trouve cette vision très réductrice. Car, l'histoire de l'entreprise et de son organisation ne démarre pas avec l'arrivée de l'ordinateur.
A lire cet historique, on serait passé d'un monde fermé, cloisonné, d'un repli sur soi à un monde ouvert où tout le monde collabore, est réactif, etc. Mais les entreprises n'ont pas attendu le web 2.0 pour que leurs employés collaborent et que l'entreprise soit réactive. Sur mon blog, je fais actuellement le comparatif entre "L'entreprise du 3ème type", best seller des années 80 et "L'entreprise 2.0 - Comment tirer profit des Réseaux Sociaux Professionnels" publié par blueKiwi en septembre dernier (http://bernardsady.over-blog.com/ar... et http://bernardsady.over-blog.com/ar...). C'est frappant. Il y a plus de vingt ans, donc largement avant le web 2.0, on parlait de collaboration, d'ouverture, de travail en équipe, de mise en valeur de chaque collaborateur, de "réactique", etc.
A lire ce qui s'écrit sur l'Entreprise 2.0, on a l'impression qu'on est en train de réinventer l'eau tiède...
Attention, je ne rejette pas les outils dits 2.0, car je pense qu'ils ont un intérêt pour les entreprises : ils peuvent faciliter réellement la collaboration. Mais ce ne sont que des outils. Si le management et la culture n'ont pas évolué, ils ne serviront pas à grand chose.
Un autre point qui me gêne dans le terme d'Entreprise 2.0, c'est de ne voir les flux d'information et de relations qu'au travers du prisme informatique. Or, si beaucoup d'infos passent par la voie électronique, une immense partie ne peut se détecter que par le "présentiel". Ainsi, l'ambiance d'un service ou d'un atelier ne se sent qu'en allant sur le terrain et non en restant devant son micro. Un homme de production passe davantage de temps avec ses "gars" que devant son micro.
Je suis un ancien de la production et maintenant, je m'occupe de système d'information. Sur mon blog, j'essaie de développer ces deux aspects. Ce qui est très étonnant, lorsque je parle d'Entreprise 2.0 dans mon entourage professionnel, c'est que personne ne connaît. J'ai le sentiment que c'est un tout petit monde qui en parle sur la blogosphère. Mais ce concept n'est pas entré dans le monde de l'entreprise. Par contre, lorsque je parle du "lean", tout le monde comprend et sur mon blog, mes billets sur ce thème sont beaucoup plus lus que ceux sur l'Entreprise 2.0.
J'arrête là mon bavardage... Mais je le reprendrai vraisemblement, car c'est un thème qui me passionne.
Au sujet du post de Vincent, je suis d'accord avec Anthony, j'aimerais qu'il développe ce qu'il met derrière l'opposition web 2.0 / dynamique sociale. Cela me semble intéressant.
Cordialement.
Bonjour Bernard,
par rapport à l'ordinateur ou l'évolution technologique en général, cela a conduit beaucoup de gens à pouvoir travailler seuls et de façon autonome, réduisant le nombre d'interactions entre individus pour produire un service. La contre-partie a aussi (mais ce n'est pas la seule raison) conduit les gens à s'isoler un peu plus, ayant moins besoin de leurs collègues (de plus les ordinateurs n'étaient pas tous en réseau). Mais le point de départ de cette article n'est pas l'entreprise, mais l'entreprise et l'usage de l'outil informatique ("Chaque collaborateur produit sur son ordinateur")
Bien sûr que les outils ne font pas tout, et la façon dont on travaille est avant tout culturelle. Ainsi le retour d'expérience de Michel Hervé (http://blog.m2ie.fr/post/2008/06/20...) monte bien que l'on a pas attendu le web 2.0 pour travailler différemment et heureusement.
Mais les médias sociaux ont un impact sur les modes d'organisation et de management. De plus en plus de gens travaillent à distance, de manière asynchrone et donc doivent réinventer des manières de travailler et de communiquer. Et il me semble, mais peut-être est-ce une vision tronquée, que ce mode d'organisation, moins pyramidale et plus en réseau, se développe plus qu'avant dans les entreprises.
Il ne s'agit donc pas d'ignorer le passé et ses modes d'organisation collaboratif, mais au contraire de s'en inspirer en s'appuyant sur les nouveaux médias sociaux pour les renforcer.
Merci pour tous ces commentaires qui enrichissent ma réflexion et me font avancer, et vous aussi j'espère.
Voila ce que j'adore dans un blog, Bernard excellent commentaire qui converge vers ma propre opinion.
Anthony, je sais que le blog réduit notre pensée et que tu es bien plus ouvert que ce positionnement ds ton billet mais vraiment c'est enrichissant comme discussion.
Promis on reparle de la socio dynamique bientôt mais il me semble que vous l'avez déjà comprise
Comme vous le voyez, il y a écrit en bas de ce message, la discussion continue ailleurs. C'est le cas, elle se poursuit actuellement là : http://b-r-ent.com/news/sommes-nous...
Donc aller voir là-bas ce qui se passe, commentez ici ou là bas, quoiqu'il en soit, faites vivre le débat.
Bonsoir Anthony,
La discussion commence effectivement à être très intéressante et très enrichissante, sur ton blog ou celui de Vincent.
Je reviens sur ta réponse dans le post n° 6.
L'ordinateur a pu et peut toujours devenir un outil de repli sur soi. Je connais quelques cades qui font toutes leurs stats, leurs étude et leurs rapports sur leur micro sans aucun partage. L'information n'est pas encore parfaitement partagée et reste dans certains cas une source de pouvoir...
Mais cet ordinateur est avant tout un outil qui peut faire le meilleur comme le pire. Je ne suis pas sûr qu'il y ait eu une réelle évolution depuis 20 ans. Ceux qui ont toujours communiqué et partagé le font toujours. Ceux qui ont toujours conservé l'information pour eux continuent avec ou sans ordinateur... Un "sale con" reste un "sale con", web ou pas web.
J'ai découvert Michel Hervé grâce à Bertrand au travers de son blog. Cela me semble une expérience très intéressante. Je n'ai pas encore lu son livre, mais je ne désespère pas de trouver le temps de le lire et de le commenter. Je suis allé voir ce que tu en dis. Il y aura certainement beaucoup à dire sur les deux modes de management (délégatif et intégratif). Je n'en dis pas plus et attendrai d'avoir étudié son livre.
Au sujet de l'influence des "médias sociaux" sur les organisations et le management, je suis en partie d'accord. Les outils peuvent avoir une influence en tant que "faciliteurs", mais à eux seuls, ils ne peuvent rien faire. Par contre, utilisés dans une stratégie globale, ils peuvent grandement contribuer à la réussite du changement.
Est-ce que parce que les personnes travaillent à distance que l'entreprise est moins pyramidale? C'est une bonne question. Il ne me semble pas qu'il y ait de relation de cause à effet. Dans ce cas, il peut y avoir deux types d'organisation : une forte autonomie laissée aux collaborateurs de s'organiser et une incitation à travailler en réseau, ou bien au contraire, une demande de comptes rendus pointilleux par peur de la perte de contrôle (il est très facile de contrôler un collaborateur à distance en regardant ce su'il fait sur sa machine...)
Encore une fois, il me semble que le mode de management prime sur les outils et l'organisation.
A bientôt.
Tout à fait Bernard, "un sale con" reste "un sale con"
et restera dans
son coin (en même temps au regard du descriptif c'est peut-être pas un mal).
Par contre pour les autres, avoir des outils qui facilitent le partage et la
collaboration accélèrent ce type de pratiques.
Dans le cadre du travail à distance, on retombe sur des logiques de distance management ou de management transverse. Donc, déjà le poids de la hiérarchie se fait moins sentir avec la distance et cela oblige les managers à travailler différemment (le micro management est très consommateur de temps et difficile à tenir sur du long terme, encore plus à distance).
Surtout dans le cadre de gestion de projet, qui peut se faire avec des collaborateurs qui ne sont pas dans la même ligne hiérarchique, voir extérieurs à l'entreprise dans le cadre de partenariats. Dans ces cas là, on est bien plus sur un rôle de coordinateur non hiérarchique.
A+
Bonjour, je découvre ce blog et cet échange de haute envolée intellectuelle me laisse rêveuse. Au rique de parâitre très prosaïque, simple femme que je suis...permettez-moi 2 réflexions.
Une amie d'une très grande entreprise de High Tech me faisait remarquer que vendredi dernier tout son gentil monde dans le grand open-space s'est permis d'arriver fort tard le matin et de partir fort tôt, en l'absence de leur patron. Autrement dit, entreprise 2.0 ou non, travail collaboratif ou non, quand le chat n'est pas là, les souris dansent !
D'autre part que faites-vous de la confidentialité des données à l'intérieur des entreprises à l'heure où la concurrence fait rage dans un système de mondialisation ? Pas facile de collaborer 2.0 sans peur de communiquer ses "best-practice" à la concurrence. Mais peut-être suis-je hors sujet...
Elise, non vous n'êtes pas hors sujet (du moins pour moi).
Par rapport à vos 2 réflexions.
La première est que le travaille collaboratif repose avant tout sur la confiance. C'est à dire souvent un changement culturel, des 2 parties. Mon patron n'est pas là pour me "fliquer" et inversement je ne suis pas là pour "tirer au flan". Une espèce d'échange de bonnes pratiques. Utopique peut-être, mais cela fonctionne ainsi dans pas mal de boîte, notamment dans celle où on est obligé d'avoir un management à distance. Et je préfère cela au panoptique permanent.
Sur la deuxième remarque, je vous renvoi au billet de ce blog : http://blog.m2ie.fr/post/2008/07/04...
En gros il explique que la CIA ou Lockheed Martin (80% de ses commandes viennent du Pentagone) ont décidé de passer à l'entreprise 2.0 Et je ne crois pas que ce type de structure sous-estime les questions de confidentialité, au contraire.
J'espère que ces réponses alimentent vos réflexions
Merci pour ce retour, oui en effet, j'étais au courant de ces changements de méthodes de travail dans certaines grandes organisations. De même que les outils du Web 2.0 nous font passer dans un nouveau paradigme sociétale, ces mêmes outils devront infléchir nos méthodes managériales pour passer d'un mode vertical (top-down) à un mode horizontal (collaboratif). Mais tout est envisageable tant que les process restent ASYNCHRONES. Cela se complique lorsqu'on envisage les lieux de travail collaboratif SYNCHRONES tels qu'ils se développent dans les mondes virtuels publics ou privés (cf. les travaux d'IBM). Le cabinet Gartner n'a-t-il pas prédit ce printemps dernier que 70% des organisations disposeront d'un tel monde privé d'ici 2012 ? Pour avoir étudié l'emergence de ces mondes dans mon mémoire de Master en Marketing et stratégie de marque pour le Celsa (Marques et métavers : enjeux et perspectives...), je vois là une tyrannie du temps réel à laquelle nos organisations pyramidales (engluées dans de lourds process de validation et de décision) ne sont guère préparées...